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Sainte Philomène et Pauline Jaricot
La maladie de Pauline est considérée comme incurable, mais elle veut se rendre à Mugnano, en Italie, même si le voyage est difficile, voire insensé, étant donné la gravité de son état. Pauline souffre d’un grave problème cardiaque, qui se manifeste par des palpitations ; elle ne parvient pas à manger et doit faire très attention à ne pas s’étouffer. Elle connaît un moment de répit à la fin d’une neuvaine à Sainte Philomène et, bien qu’elle soit gravement malade, elle projette d’aller à Mugnano pour se rendre sur la tombe de Sainte Philomène, en passant par Paray-le-Monial et Rome pour recevoir la bénédiction du pape.
Une attraction mystérieuse poussait Pauline vers la tombe de Philomène, considérée comme une martyre, mais comment exprimer ce désir et surtout comment y parvenir depuis Lyon, puisqu’elle était si malade qu’elle ne pouvait plus supporter le moindre choc ?
À Rome, elle est accueillie à la Trinité-des-Monts par ses amies, les Sœurs du Sacré-Cœur. Compte tenu de son extrême faiblesse, Grégoire XVI l’honore d’une visite. Voyant Pauline à Rome à l’agonie, le pape Grégoire XVI se recommande à ses prières "dès qu’elle aura atteint le ciel". Pauline répond : "Oui, Très Saint Père, je vous le promets. Mais si à mon retour de Mugnano je devais me rendre au Vatican, Votre Sainteté daignerait-elle procéder sans délai à l’examen définitif de la cause de Sainte Philomène ?” Et le pape répondit : "Oui, oui, oui, ma fille, car alors il y aurait un miracle de premier ordre" ! Le pape promit tout, certain de ne pas devoir s’exécuter : il dit alors en italien à la sœur supérieure, certainement appartenant aux Sœurs du Sacré-Cœur de la Trinité-des-Monts, amies de Pauline : "Elle semble sortie du tombeau. Elle ne reviendra pas" (Catherine Masson, Pauline Jaricot, op. cit., p. 314).
Pauline Jaricot arrive à Mugnano le 8 août 1835, deux jours avant la fête de Sainte Philomène. Bien qu’elle soit en proie à d’atroces souffrances, elle est accueillie avec joie comme fondatrice de la Propagation de la Foi et du Rosaire Vivant.
Pauline pria trois jours assise sur une chaise devant le Corps de Sainte Philomène.
À son retour de Mugnano à Rome, Pauline se présente au Vatican. Le pape n’en croit pas ses yeux. Il demande à Pauline de marcher de long en large, remerciant Dieu d’avoir fait pour elle des merveilles. "Pauline demande alors au pape d’exaucer son désir et d’ériger une chapelle à Sainte Philomène. « Oui, ma fille – répondit-il – nous chercherons à hâter l’étude de sa cause » et il en autorisa le culte le 13 janvier 1837” (Catherine Masson, Pauline Jaricot, op. cit., p. 316).
Grégoire XVI retient Pauline à Rome pendant près d’un an afin que le miracle en sa faveur puisse être vérifié. Durant son séjour à Rome, Pauline aura plusieurs rencontres avec Grégoire XVI, presque toujours en présence du cardinal Luigi Lambruschini (ancien nonce à Paris, devenu cardinal le 30 septembre 1831 et secrétaire d’État en 1838, et qui obtint du pape Grégoire XVI l’approbation solennelle du Rosaire Vivant), au cours desquelles on parla souvent des épreuves que l’Église affrontait et des dangers en France.
Pauline profita de son séjour pour visiter la ville de Rome et le Vatican, mais aussi pour écrire des textes, en particulier son autobiographie. C’est à cette époque que le Rosaire Vivant est affilié à l’Ordre Dominicain (Catherine Masson, Pauline Jaricot, op. cit., p. 317).
En quittant Rome le 25 mai 1836 pour Florence et Bologne, en passant par Lorette, Pauline se promet de revenir.
Son retour à Lyon fut salué comme un miracle et elle reprit son œuvre. “Pauline, qui a 37 ans, a retrouvé la santé « avec sa physionomie intelligente, empreinte de douceur, ses grands yeux spiritualisés par la flamme des effusions extatiques » , écrit David Lathoud, mais aussi avec « sa coiffe, le manteau noir de son court manteau de pèlerine, l’eucologe à la main, on pourrait facilement la prendre pour une religieuse »” (Catherine Masson, Pauline Jaricot, op. cit., p. 317).
Dans la maison de Lorette, Pauline charge l’abbé Rousselon de faire ériger une chapelle à Sainte Philomène, en signe de reconnaissance pour sa guérison sur la tombe de la sainte. Celle-ci est bientôt érigée près de la montée Saint-Barthélemy : une petite chapelle d’une vingtaine de places, construite par l’architecte Antoine Chenavard (1787-1883) et qui reproduit en miniature l’église de Mugnano. Elle est inaugurée en novembre 1839. Les pèlerins peuvent s’y rendre à tout moment pour prier sans passer par la maison ou la zone clôturée de la propriété.
À peine revenue en 1836, Pauline se rend à Ars, à une quarantaine de kilomètres de Lyon, pour apporter une relique de Philomène : des fragments de l’humérus. Jean-Marie Vianney observe avec admiration la santé retrouvée de Pauline. "Son cœur déborde de gratitude envers Dieu pour ce miracle, mais il ne montre pas d’étonnement, car il sait que tout est prodige qui vient de Dieu. Ils restent silencieux un moment. Deux ans se sont écoulés depuis leur dernière rencontre. Pauline est pleine de joie, après avoir attendu si longtemps ce moment de bonheur” (Jean Barbier, Le curé d’Ars et Pauline Jaricot, Lyon, Ed. & Imprimeries du Sud-Est, 1952, p. 90-91).
Le curé reçoit "les restes de la Vierge grecque avec une joie inexprimable. Il rit et pleure et dit à Pauline qu’il exposera les reliques dans son église” (Jean Barbier, Le curé d’Ars et Pauline Jaricot, op. cit., p. 92).
Cette vierge est souvent présentée comme une "princesse grecque" qui "vint à Rome, fut aimée de Dioclétien pour sa beauté, mais promise à Jésus-Christ par le vœu de virginité, refusa et paya son insubordination d’une mort terrible (Jean Barbier, Le Curé d’Ars et Pauline Jaricot, op. cit., p. 76).
À Mugnano, Sainte Philomène était surtout connue pour ses miracles et sa mort pour la foi.





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